L'emmailloté
Pensées mahoraises
Bien sûr, j'ai tendance à privilégier les bons souvenirs mais quatre années d'une vie sont faites de haut et
de bas. On finit par occulter les mauvais pour enjoliver les beaux, normal, c'est tout à fait humain. Je passe sur les soucis quotidiens liés à la vie mahoraise, on s'y habitue et ça me
manquerait presque, surtout en sachant que ce n'est pas cette année que j'y retournerai... Eh oui, la mutation s'est envolée inexorablement...
Alors, je sais que les embouteillages à 7h du mat sur la rocade de Mamoudzou, transpirant déjà à cette heure matinale, les carreaux grands ouverts, pare-chocs contre pare-chocs, des scooters
débarquant de tous les côtés, les gaz d'échappement se mêlant aux embruns marins, les brouettes de poissons des pêcheurs rentrés au petit matin, vont me manquer. Je sais que je vais louper des
matins à couper le souffle, une bagarre de filles à la descente du bus, propagation à tous le collège, puis une petite crise de djinn, une deuxième, une troisième... Tiens un surveillant me
signale qu'un élève est allongé par terre, des canettes de bière à côté de lui. Vite, vite, un élève pète les plombs avec un prof, le faire sortir de la classe, user de beaucoup de psychologie
pour le calmer. Merde, j'ai rendez-vous avec les parents d'un élève qui a séché 20 heures de cours tout en étant dans l'établissement. Ouf un peu de répit, non, non, une bagarre se déclenche sur
l'aire de bus suite à la bagarre de ce matin, village contre village avec des éléments extérieurs. Les portables ont fonctionné ce matin... Le principal se joint à moi et, avec les surveillants,
on intervient au milieu des coups de poing... On réussit à calmer les esprits. On reste jusqu'au départ des bus, les gendarmes sont venus nous aider... C'est bon, le collège est vide, je peux
enfin m'asseoir à mon bureau. Ces journées de folie, il y en a eu un certain nombre, sur le coup, on les maudit mais je sais qu'elle me manque et vont encore me manquer... Et puis, il y a la fin
de la saison des pluies, fatigué, éreinté, qui devenait interminable. J'attendais les Alysées avec impatience. La première année, on m'avait dit qu'elle se terminerait mi mars, en fait, elle a
jouer les prolongations jusqu'à fin avril... L'horreur, il faisait 38° la nuit dans la chambre. On n'avait pas de clim... Après, on en a eu !!! D'ailleurs, ce qui est marrant, c'est qu'à partir
de début mars, c'est le sujet de conversation préféré des gens... Voilà pleins de petits désagréments qui vont me manquer. J'ai encore envie de transpirer avec joie, de courir comme un fou au
boulot avec motivation, de respirer les gaz d'échappement en regardant le lagon avec gaieté...
Mais il y a comme dans toute vie, des actes fondateurs mais aussi quelques uns destructeurs, de ces actes qui font vieillir, qui cassent intérieurement des choses et qui se transforment
en blessure indélébile...
On a vécu deux jours cauchemardesques à Mayotte. Ces deux jours sont ceux qui sont peut-être les plus ancrés en nous... Et ça, on y peut rien. C'est en nous et ça le restera, on ne peut pas faire
autrement.
Ce soir là, de retour depuis un mois à Mayotte après un séjour estival en métropole, on prend le zébu par les cornes. Maintenant six mois qu'on n'a plus de nouvelles d'un ami. Au départ, pas
d'inquiétudes, habitué qu'il était de partir n'importe où, sans donner de nouvelles pendant de longues semaines. On continuait à lui envoyer des messages, se disant qu'il les aura à un moment
donné. La dernière fois, au téléphone, en février, il était heureux, préparait une exposition de ses sculptures. Pas d'inquiétude, mais, au bout d'un laps de temps conséquent, on a commencé à
s'inquiéter... Mais où est-il parti ? Bon, on rentre en métropole dans un mois, on ira le voir, il sera rentrer. Premier jour, appel immédiat pour organiser une petite virée chez lui... Toujours
personne... Bon, on a deux mois, on s'organise un trajet pour voir le plus d'amis possibles, vacances à Belle-île avec mes parents et des amis qui nous ont rejoint... J'avoue que toutes ces
rencontres après un an ont été géniales, des petits moments compressés de bonheur. On essaye toujours de le joindre... On ne peut pas le contacter par personnes interposés car on ne connaît pas
ses amis... L'été se passe très agréablement et nous voilà à reprendre l'avion, le coeur léger. Retour à Poroani, nouveau Principal et aussi Adjoint au boulot. Reprise à fond, après un an , je
gère un peu mieux et fais en sorte que la rentrée se passe correctement. Après un mois et demi, l'année est lancée, Céline bosse en tant qu' instit et comme c'est son premier poste,
elle prépare un max et bosse, bosse... Malgré un mois de septembre des plus remplis, vivant à 100 à l'heure, une obsession naît dans nos têtes : avoir des nouvelles de Tonio,
absolument, quitte à remuer le passé... On se décide ce lundi soir, Céline va appeler une ancienne ami, peut-être saura-t-elle ? Problème, on n'a pas son numéro. L'annuaire ne donne
rien alors on se décide à téléphoner dans le bar où elle allait souvent avant qu'on parte à Mayotte. Le mec du bar ne comprend pas trop au début et ne voulait pas donner le numéro mais
Céline persuasive lui arrache. On lui téléphone. Quatre ans qu'elles ne s'étaient pas parlées... Elle non plus n'a pas de nouvelles et comme nous, au début elle ne s'était pas inquiétée mais,
maintenant, elle s'interroge avec anxiété. Elle décide de téléphoner à la mairie où Tonio habitait. Pourquoi pas mais on était assez circonspect... Elle nous rappelle une demi-heure après, une
demi-heure très longue, angoissée, stressée... Et la nouvelle tombe... Tonio n'est plus de ce monde depuis février... L'enfer... Un choc, une déflagration... Comment décrire ce moment si ce n'est
qu'on est devenu fou de chagrin, les larmes, les cris, les sanglots... Présence d'esprit, appel à Fred pour qu'il vienne prendre en charge Neven. Pauvre petit bout, à pleurer avec nous sans
comprendre ce qu'il se passait. Fred est arrivé rapidement. Il a pris Neven et l'a emmené sur la varangue pour jouer avec lui. J'ai pris une bouteille de Rhum, très con mais très humain aussi.
Tonio était le meilleur ami de Céline, un confident, et surtout un fou de liberté. Il est allé au bout de sa liberté. La soirée fût cauchemardesque, surtout quand notre propriétaire qu'on
essayait de joindre depuis un mois et qui n'avait pas respecté ses promesses faites depuis plus d'un an, est venu nous voir. Ce fût du délire, pétant un plomb devant sa mauvaise fois, je l'ai
viré avec pertes et fracas... Tous le village a du m'entendre ce soir là...
Tonio était devenu au fil des années un ami très proche aussi. Il nous était devenu indispensable. Rapidement,
on s'est étonné de ne pas l'avoir su !!! Comment n'a-t-on pas pu le savoir!!! Incroyable. C'est vrai qu'il naviguait dans plusieurs mondes et le connaissant, il avait dû noter notre numéro sur un
bout de papier sans notre nom, juste le numéro, un papier égaré dans ses affaires. C'était Tonio. On le prenait comme il était, fou, délicieusement fou.
On a pu rencontrer ses amis de Nantes qui ont essayé de nous prévenir sans réussir à nous trouver, ne connaissant pas notre nom de famille... Je n'oublierai jamais cette douleur, douleur qu'on
avait déjà eu un an avant avec la perte d'une amie.
C'est un acte destructeur en tant que tel mais qui a été fondateur, fondateur d'une franche et sincère amitié avec Fred.
Après avoir envoyé une photo du Mont Choungui, voilà ce que ce mont inspira à Tonio :
"Phallique ! Qu'il est phallique ce rocher en érection, recouvert d'arbre à défaut de latex, la terre s'élève vers le ciel, le ciel et la terre s'unissent
pour plusieurs millénaires, une bien longue pénétration amoureuse, une aventure sans cesse grandissante de quelques millimètres par an, du rocher dans le ciel. Le Dieu du vent et la Déesse de la
mer s'unirent et donnèrent ainsi naissance à la Terre. Ensuite, la terre s'unit avec le ciel, et le premier inceste fût. Bref Oedipe est un rocher."
C'est toujours difficile d'en parler... Voilà, Mayotte fût aussi ce moment délicat de notre vie, la perte d'un ami très cher est encore plus douloureux quand on est à plus de 10 000 km, sentiment
d'impuissance, d'énorme frustration et de culpabilité. Il a fallu attendre l'été suivant soit un an et demi après pour pouvoir se recueillir sur sa tombe. Voilà on voulait lui rendre un hommage
mais les mots s'étranglent dans la gorge comme à chaque fois et puis tant de choses resteront à nous, ensemble, à jamais.
En ces temps de grèves, de manifestations, de blocages, je me rapelle tout particulièrement de la grève de mai
2003 à Mayotte, un mois de grève. C'était une grève en premier contre la réforme des retraites mais aussi et surtout sur l'avenir de l'école, le démantèlement du service public d'éducation, des
relents de libéralisation, de privatisation du service public... Un mois de grève avec au moins deux manifestations par semaine à Mamoudzou. Je me rappelle aussi que cette année revenu en
métropole pour l'été, on nous avait prélevé en deux fois les journées de grève... ARGHHHHH, l'été fût chaud... Mais c'est un souvenir vivace car c'était bon enfant loin des grosses manifs de
métropole, et puis défiler à Mamoudzou avec pour cadre de fond le lagon, c'était quand même sympa. C'était Raffarin à l'époque qui était Premier Ministre, Luc Ferry le Ministre de l'Education
Nationale mais Sarko était déjà là... la preuve...
Voilà, voilà, une petite manif à Mayotte. Une pensée pour toutes celles et tous ceux qui vont arpenter les rues de Mamoudzou ce jeudi 19 mars 2009 et je sais que comme en métropole, la
mobilisation va être très forte donc le sera aussi à Mayotte. Alors, couvrez-vous bien et bonne manif, et puis, quand vous dégusterez une Castel bien rafraîchissante à la fin au 5/5 ou au
Caribou, ayez une petite pensée pour moi, surtout que j'ai su hier que je ne retournerai pas à Mayotte cette année...Snif, snif, snif...
Au collège, Julie, est arrivé un jour avec une photo modifiée qu'elle a placardé dans la salle des profs... Je suis devenu
ce jour là le Ché P E. Pour mon départ, en juillet 2006, Julie, Karine, Bruno, Jacques et Alan m'ont offert cette reprise de la chanson "Commandante"... Je n'oublierai jamais ce moment, cette
soirée au gîte de Kwalé.
Avant d'en reparler plus longuement et pour accompagner la chanson, je vous mets la couverture du Cd....
Neven adore se déguiser et maman adore faire des déguisements. Alors en quatre ans,
Neven a pu se déguiser en toute sorte de choses.
D'ailleurs, sa petite soeur apprécia le déguisement à sa
juste valeur... Elle attendra un petit peu avant de suivre les élégants chemins de son frère.
d'indien...
Vous préférez le petit mandarin ou le cruel pirate???
Janvier 2003, papy Bernard et mamie Odette descendent de l'avion accompagnés de Léone et René. Neven est
heureux, après le séjour d'Ahmed, voilà une autre visite, pas le temps de s'ennuyer. Il fait très chaud. A la descente de l'avion, les chemises commencent à coller à la peau, les pantalons
deviennent insupportables et les pieds gonflent à en faire exploser les lacets!!! On a toujours eu cette impression d'entrer dans un four en descendant de l'avion...
Accueil avec des colliers de fleurs. Ils sont beaux les papys !!!
Une fois les pieds redevenus normaux, les bagages récupérés, direction la barge pour passer de Petite Terre à
Grande Terre. Il faut dire aussi que ce jour là les taxi-mans nous ont bien roulé... C'est la première et dernière fois qu'on s'est fait avoir de la sorte!!!
Donc on barge et, cette année là, il n'y avait encore qu'une seule barge pour passagers et voitures. C'était un peu la foire d'empoigne...
Une fois les voitures sorties, c'était au tour des passagers tout en couleurs...
Une fois à Mamoudzou, il a fallu récupérer la voiture de location avant de rejoindre Poroani, au sud-est de l'île.
Premier échantillonage de la nature tropical pour nos invités, premières roussettes dans les airs, toujours impressionnant pour les nouveaux venus et premières peurs en voiture...!!! Que
d'animaux à éviter, de voitures garées au milieu de la route, de nids de poule plus gros les uns que les autres... Mais la route s'offre à vous, nature généreuse et luxuriante en pleine saison
humide, les palettes multicolores des salouvas, les villages traversés toujours très animés, la vie tout simplement, énormément de vie au bord des routes. Vitesse réduite, toujours vigilant à ce
qu'un zébu ne vienne s'enfourcher sur le capot de la voiture...
Arrivés à Poroani, descente des bagages, et comme il reste un peu de temps avant que la nuit ne tombe, direction la plage de N'Gouja. Tout nouvel arrivant avait droit le jour même d'aller
barboter à N'Gouja. Cette plage est un concentré de ce que l'on peut voir à Mayotte et c'était toujours un bonheur que d'immerger nos hôtes dans un tel petit paradis... En premier, il y a la
plage qui est magnifique, une fois dans l'eau, c'est la rencontre extraordinaire avec ces dames tortues tout aussi magique et en sortant de l'eau, nos amis les makis qui viennent voir si on a pas
une petite banane dans la poche. Autant vous dire qu'on emmenait toujours une petite banane...
Généralement le premier soir, chacun s'endormait le visage marqué par un grand sourire...
En 2004, le père est arrivé en pirogue.....
Merci à Francis, un tonton de Céline dessinateur...
En 2005, il est arrivé en parapente...
Une chose est sure, arrivé à terre, il s'est toujours rhabillé...!!!
Mais à Mayotte, le père Noël avait toujours des lunettes de soleil et...
...s'arrangeait toujours pour se mettre à l'ombre !!!
Je crois bien qu'il avait peur du soleil...
En tout cas, Enora était très attentive et Neven avait déjà repéré la hotte !!!
Pendant quatre ans, nous avons été entourés d'insectes, toutes sortes d'insectes. Quand on vit dehors sous la
varangue, le soir, les lumières les attirent et parfois, à certaines époques, c'était des myriades d'insectes qui nous envahissaient...!!! Bien sûr le premier d'entre eux : le moustique... le
plus réputé, l'anophèle qui file le neuro palu mais la dernière année, il y a eu le zébré qui filait le chikungunya!!! Il m'a eu... Enfoiré.. Sinon, une fois dans l'année, des sortes de fourmis
volantes s'incrustaient partout dans la maison. Elles jonchaient le sol le matin, mortes, insecte éphémère. Sur le carrelage blanc, c'était un vrai champ de bataille. Chaque matin, balayage
intégral...
Heureusement que nous avions des dévoreurs d'insectes, margouillats, geckos et araignées nous débarassaient de ces petites bêtes mais beaucoup passait au travers... Donc voilà quelques photos
prises tout au long de nos années mahoraises, photos de nous mais aussi des personnes venues nous rendre visite.
Nos copines les guêpes bâtisseuses... Elles rentraient dans les maisons et construisaient un petit nid en
terre pour abriter leur larve. Le problème, c'est qu'elles arrivaient à se faufiler partout. Il y en a même une qui est allée faire son nid à l'intérieur de mon détendeur de plongée !!! Je me
suis fait attaquer une fois à Poroani, un nid dans le manguier, elle m'a attaqué aux yeux, un coup de coupe-coupe, lame à plat a fait l'affaire mais une autre est venue me piquer dans le dos...
Il y avait d'autres variétés de guêpes dont certaines assez virulentes à la piqûre douloureuse qui pouvaient occasionner des pertes de connaissances, même les mahorais, pourtant habitués, s'en
méfiaient... J'ai surtout le souvenir d'une guêpe toute bleue, très jolie, malheureusement, je n'ai pas de photos...
Je ferais un prochain article sur les papillons mais je ne peux finir celui-ci sans parler bien sûr des fourmis, très envahissantes, pas question de laisser un gramme de sucre traîner... On a
même eu un nid de fourmi dans notre ordi à un moment, de celles qui sont minuscules !!! Heureusement pour l'ordi, on a réussi à s'en débarrasser sans dégâts mais ce ne fût pas le cas de notre
batteur électrique !!! De temps en temps, elles venaient se fourrer dans le tas de linge propre, certainement attirées par la lessive au goût sucré. J'adorais ce moment où je mettais un T-shirt
et vaquant à mes occupations, je commençais à me gratter, un peu, beaucoup, de plus en plus jusqu'à m'apercevoir que des petites fourmis rouges me piquaient un peu partout !!! Le corps
boursoufflé, je relavais tout le tas de linge...
Voici mon insecte préféré, celle qui bouffe son amoureux après avoir consommé...
A l'époque, au sud, il n'existait que le club du Jardin Mahoré pour plonger et c'était assez cher... Non
équipé, avec le surplus quand on plongeait sur la barrière de corail, cela coûtait 40 euros... Alors oui, les plongées étaient magnifiques mais pour nous, c'était de temps en temps
seulement, genre une ou deux par an!!! On est parti juste avant que le club de Bouéni ouvre. On plongeait plus souvent avec Antoine à Sud Explo. Céline a passé son niveau 2 avec lui à Sakouli.
Donc, les rares fois où on a plongé à N'Gouja, c'était souvent accompagné de vacanciers plongeurs. Ce jour là, c'était avec Jeannine et Jean-Luc. On est allé Passe Bateau. Une des plus
belle passe de Mayotte.
Départ de la plongée.
Plongée un peu spéciale pour Jeannine car elle a eu un problème avec son masque qu'elle n'a pas réussi à
régler... Belle plongée, eau très claire, visibilité à 40 mètres. Plongée dérivante, juste à se laisser aller, planer...
Fin de la plongée en attendant le bateau, à echanger nos premières impressions.
Retour à la plage, ce jour là, nous avons mangé au buffet qui était servi tous les dimanche et, pour la
digestion, nous sommes allés nous immerger au milieu des tortues, qui, elles aussi, venaient prendre leur repas...
Mon livre de chevet par excellence, un peu noir certes mais tellement poétique.Je l'ai offert à pas mal de monde. On ne peut que partager quand c'est beau émotionnellement.
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