Plongée de nuit... du 29 avril 2005... Trois ans déjà...

Publié le par l'ulcéré

Après l'arrivée de ma petite famille en octobre 2004 et d'une petite nouvelle à Mayotte, Enora, et surtout après un mois de séparation déchirant et un échec de l'arrêt de nicotine..., j'ai pris une bonne résolution, celle de profiter davantage du lagon, surtout que financièrement, les primes nous avaient quelques peu gavé des sous qui nous ont manqué pendant la deuxième année. Plus que deux ans déjà, il fallait en profiter tout de suite, ne pas se réveiller trop tard comme à mon habitude, donc nouvelles résolutions, coups de pied au cul et hop me voilà à préparer un niveau 2 de plongée avec le Maji club de Mathias qui deviendra celui d'Eric en cours de formation... Je me suis donc mis sérieusement à la plongée sous-lagonaire de la passe en S et plus si affinité.
Au final, j'ai dû faire plus d'une trentaine de plongée cette année là, toutes bien sympas. Il y en a eu qui m'ont plus marqué que d'autres, notamment ma première plongée de nuit!!! A force d'en entendre parler sur le bateau et malgré mon appréhension, je me suis inscrit. Pendant deux semaines, ce fût une pensée quasi unique, stressé, excité, ayant parfois la trouille, m'auto motivant d'autres fois, en tout cas, certain de vivre une aventure... intérieure et ténébreuse!!! Deux jours avant cette nuit d'ivresse, j'en parlais pendant une heure à ma psy, comme quoi ça me travaillait sec... et que pour moi, c'était une épreuve. A chacun son épreuve. Et puis vînt le jour dit. Céline m'encouragea une dernière fois tout en me disant qu'elle aurait la trouille à ma place, ce qui ajouta à mon stress. Ce qui est marrant et c'est un peu ma façon de fonctionner, c'est qu'une fois que je suis devant le fait accompli, devant l'échéance, je lâche tout et me dit que je verrais bien... J'ai eu le même comportement l'année dernière pour mon premier saut en para-pente, pendant une heure, un refus obsédant et puis l'acceptation et la délivrance. Ce jour là, une fois le pied sur le bateau, j'ai abandonné ce fameux stress au bord du quai et laissé place à une sacrée excitation. On était treize sur le bateau. Départ à la nuit tombante et déjà un spectacle hallucinant : l'île illuminée vue du lagon... Franchement magnifique, j'ai encore cette image accrochée aux murs de mon cerveau. Le bateau en route vers la passe en S, l'ambiance devient toute intérieure, chacun dans son monde, chacun à son matériel, bien plus précis, tout en détail, vérifiant tout deux fois et surtout choisissant la lampe parfaite...!!! L'arme absolue de la plongée de nuit, le phare, lampe sous-marine qui doit marcher, dernier stress, il faut qu'elle marche... Au bout d'une trentaine de minutes, l'arrêt, les palanquées constituées ( les équipes de plongée) et les premiers sauts dans l'eau noire!!! Pleine lune magnifique, nuit magique, le bruit d'un léger clapot, Tout équipé, palmes aux pieds, le masque sur le nez, l'appareil photo dans son caisson accroché au poignet gauche, le phare accroché au poignet droit, la main sur le masque, je m'approche de l'arrière du bateau, je vois déjà le fond illuminé des feux des torches, ça me rassure, un dernier petit stress, les requins se nourrissent la nuit et remontent vers la surface, le plongeur devant moi saute, c'est à moi, Mathias reste sur le bateau, me tape amicalement sur l'épaule, je le regarde, regard masqué du plongeur, juste les yeux, sans autres expressions, je m'avance, toutes ces lumières dessous et je tends une palme et saute....

Voilà, la palanquée est au complet, on commence tout de suite à descendre, je vérifie plusieurs fois le phare, ouf, il fonctionne impeccablement. On descend à notre profondeur maximale de plongée de nuit, dix/douze mètres. Tout se passe à cette profondeur, inutile d'aller plus profond. Premières sensations, respiration haletante, puis arrivé au fond, regroupement, signes que tout va bien et départ groupé dans le sens du courant car, jouissance suprême, plongée de nuit dérivante... Il suffit de se laisser dériver en suivant le tombant, le bateau nous attendant plus loin, très rassurant. Les premières minutes sont excitantes, passant mon temps entre éclairer la paroi et éclairer le noir au loin, n'arrêtant pas de me retourner et d'éclairer le néant!!! Pas simple de tourner le dos au vide... Et puis au fur et à mesure, je me détends et me concentre exclusivement sur le fond sableux et la paroi du récif corallien, scrutant avec la lampe les moindres trous, petits et gros, les moindres anfractuosités, les moindres interstices. Et je commence à flasher tout ce que je vois et le champ de vision réduit à l'éclat de la torche devient microscopique. Rien ne m'échappe, première photo, cette belle anémone de sable toute sortie de son trou... translucide...




Et puis, sur le sable, je vois un gros coquillage bouger rapidement, ouahhhhh, chaque monde a ses propres fantômes, je m'approche, toutes mes inhibitions sont parties maintenant, je flotte littéralement en paix, je prends ce coquillage et le retourne, le lâche soudain, d'énormes pattes rouges et bleues en sortent. Beau et énorme spécimen de Bernard l'ermite à yeux bleues...!!!
Je reste à le contempler mais un flot de lumière m'appelle, je dois avancer. Je suis trop bien. Il y a trop de choses à voir. Le récif dort, les poissons dorment, ce n'est plus l'activité étourdissante de la journée, chaque poisson est dans sa tanière et laisse place à d'autres oiseaux nocturnes, crustacés, coraux, gastéropodes... Je surprends quelques poissons dans leur sommeil... Comme ce nason bariolé, aussi appelé, à éperons oranges, que j'ai pu effleurer des doigts...
ou encore ce beau poisson papillon, surpris dans un recoin. Le poisson
perroquet se met dans un trou et se recouvre d'une membrane protectrice qu'il ne faut surtout pas percer, cela faisait partie des recommandations,
d'ailleurs d'un seul coup je tombe sur une tortue que j'éclaire bien évidemment. Celle-ci s'ébroue et commence à se déplacer....vers moi!!! Merde, vite, le faisceau de la lampe dans une autre direction, ne pas l'éclairer sinon elle se dirige vers la source de lumière et franchement je n'ai pas envie en plongée de nuit de me farcir une tortue énorme en pleine face. Des deux, je pense que je n'en sortirais pas indemne!!!! Ouf, elle passe du coup à côté et s'éloigne dans la pénombre...

au milieu des bulles. Comme quoi, il faut toujours bien écouter les recommandations...











Après cette petite frayeur, une deuxième survient. J'engage ma tête dans une petite grotte que j'éclaire abondamment. D'un seul coup, à un mètre, une énorme murène  sort d'un trou, me regarde à peine et tranquillement se faufile entre les coraux à la recherche de nourriture. Ces dernières sortent aussi la nuit et c'est l'occasion de les voir en pleines eaux. Je n'ai pas vraiment eu le temps de prendre une photo, j'ai plutôt pensé à m'extraire de cette grotte et rapidement, surpris et un peu apeuré... Je vous mets néanmoins une petite photo d'une murène prise lors d'une autre plongée...
Je peux vous dire que c'est assez impressionnant.



Passé ce coup de stress, je reprends ma dérive aquatique en planant au dessus des coraux, trifouillant le récif à la recherche d'animaux de nuit et voilà que je tombe sur une porcelaine tigre toute drappée... que c'est beau. On la voit le plus souvent sur les étales des marchands... C'est navrant, elle est systématiquement ramassée aux grandes marées pour être vendue ou mangée. Bientôt, elle deviendra rare....
 Quel bel écrin... Je continue et profite un maximum de tout ce qui m'est offert.










La plongée arrive à son terme mais sur le dernier tombant, des oursins m'accueillent, crayons et lances. Encore des habitants de la nuit même s'il peut arriver d'en croiser un la journée, là, c'est un banc d'oursins... Et puis cette photos fût celle de notre fond d'écran pendant pas mal de temps, elle est si belle...







L'arrivée se profile, une dernière photo, celle d'un poisson scorpion à houppes, que l'on voit parfaitement la nuit. La journée, on peut poser la main dessus sans s'en apercevoir tellement il fait preuve d'un mimétisme parfait. Mais la nuit ce n'est pas simple... !!! Sa piqure est redoutable mais ce coup-ci, t'es trop visible mon gros...
Voilà, voilà, la palanquée se regroupe. Une dernière chose à faire. On s'assoit tous en rond sur le sable, on éteint nos torches et on remue nos mains pour faire apparaître des tourbillons d'étincelles... Le plancton phosphorescent, un petit feu d'artifice pour finir... Oh putain de merde, excusez-moi mais j'en ai encore des frissons car pour vous faire partager ce moment de bonheur, j'y suis retourné... Allez, une dernière photo, il nous attendait, On remonte à la surface...
Salut petit poisson, dors bien, promis, je reviendrais, trop génial votre monde la nuit, ce sentiment de paix intérieur, en osmose avec soi-même et c'est relativement rare à ce degré. Sur le bateau, chacun reste encore quelques minutes avec soi puis les langues se délient au fur et à mesure. On échange nos ressentis, nos sensations, nos visions. Tout est calme, la nuit étoilée. Le bateau se remet en marche et avance doucement vers Mamoudzou. L'île scintille de milles éclats. Ce fût un vrai moment de bonheur. J'en ai refait une avec Céline qui fût merveilleuse aussi surtout qu'elle fût partagée... Je me rappelle encore de ce moment de plénitude sur le trajet retour, les jours suivants, satisfait d'avoir vaincu mes appréhensions et heureux d'avoir découvert ce monde de la nuit... Bisous les connectés...
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Publié dans lagon

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